Traduction interview Carlos Osuna
O.B. : Bonjour, Carlos Osuna. Vous êtes colombien, cinéaste mais vous utilisez également d’autres formes d’expression artistique, visuelles ou non. Parlez-nous un peu du collectif Fantasmas dont vous faites partie. Pourquoi avoir choisi « fantômes » comme nom et comment fonctionne le collectif ?
C.O. : Eh bien, depuis quelques années, je travaille avec Alejandro Quintero et Leonardo González, qui font partie du collectif. Notre travail est expérimental et nous utilisons les nouvelles technologies, notamment la vidéo, le Net Art, les performances ou les installations. Le nom Fantasmas vient d’une anecdote, ce n’est pas le fruit d’une longue réflexion. Lors des premières expériences du collectif, je vivais dans un appartement situé dans un immeuble de deux étages et au-dessus de chez moi, il y avait un petit garçon. On faisait des tests de son et à la fin, on a entendu frapper à la porte : c’était le petit qui se demandait ce que c’était que ce bruit, si c’était des fantômes. C’est pour ça que c’est assez naïf. Ça nous a plu.
O.B. : Très bien. Vous touchez à tous les arts. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce que vous faites ?
C.O. : On fait des films. D’ailleurs, l’un d’eux va être projeté pendant le festival. Leonardo était assistant à la réalisation et caméraman, Alejandro était au son et moi, j’étais à la réalisation. On fait aussi des choses du style de El pozo de los deseos (Le puits des désirs), la performance qui sera présentée durant le festival, auxquelles le public participe en interactivité; on y traite le son… et la vidéo en temps réel, à partir des ordinateurs. On fait un peu de Net Art, tourné vers les modes de communication, du coup on a une petite station de radio sur Internet, Radio Fantasmas, et une chaîne de télévision en ligne, Poor TV, sur laquelle on retransmet certains événements. On fait aussi de la musique, grâce à une sorte de label Internet qui diffuse uniquement ce qu’on fait… Notre univers artistique est très riche, on touche à plusieurs domaines.
O.B. : Oui, votre champ d’expression est particulièrement étendu. Et sur le plan technique, comment êtes-vous installés, vous avez un local fixe ? La télévision, la radio, vous faites tout au même endroit ?
C.O. : On travaille à plusieurs endroits. Il y a l’atelier… enfin, le site de la maison de production Cigarra Films dont je fais partie, et on travaille aussi avec Pato Feo Films, une autre maison de production colombienne, qui nous prête ses locaux. On a donc deux lieux de travail où on gère à la fois les projets cinéma et ceux liés aux nouvelles technologies. Donc pour la radio, en général on émet depuis Pato Feo Films. En fait, c’est quasiment toujours le cas.
O.B. : D’accord. Et quel impact ont vos émissions de radio et de télévision en Colombie ?
C.O. : L’idée de départ était de dépasser les frontières, et non pas de se limiter à la Colombie. Même si ça a bien marché en Colombie aussi. Au début, c’est Joystick, un collectif de Barcelone, qui nous a aidés à nous lancer en nous proposant de réaliser quelques émissions. Elles ont eu tellement de succès qu’on s’est dit que ce serait bien d’avoir notre propre station. On s’est même associés à Radio Real, une radio colombienne conventionnelle qui nous a inclus dans ses programmes. Grâce à ça, on a retransmis des festivals internationaux qui ont lieu en Colombie, on a fait des interviews à leurs invités. À partir de là, on a mis nos émissions sur notre site pour que ceux qui ne peuvent pas nous écouter en direct puissent les télécharger ou les écouter au meilleur moment pour eux. C’est pour ça qu’il m’est difficile de dire exactement combien d’auditeurs on a car certains nous écoutent en direct et d’autres en différé. Je pense qu’au final, on a pas mal d’audience parce qu’il y a un an ou deux on a mené le projet Sur Radio qui nous mettait en lien avec plusieurs pays d’Amérique du Sud. On a travaillé avec des gens au Pérou, au Venezuela, en Argentine, au Chili, en Uruguay, au Mexique, ça a bien marché. Au Brésil aussi, pendant un temps.
O.B. : Et ce type de projets internationaux, est-ce que c’est ponctuel ou durable ?
C.O. : Certains ont perduré. On a travaillé avec un collectif péruvien, Aloardi, avec qui je continue… En fait, après ce festival, on doit travailler avec eux pour celui de Lima. On a pu maintenir notre collaboration. Avec d’autres, on a travaillé ponctuellement, comme avec le label vénézuélien Microbio Records, lors du festival Sur América Electrónica. Et on a aussi travaillé de manière continue pour des festivals locaux, à Bogota, dont on a retransmis les manifestations.
O.B. : Et… comment dire… Comment les gens peuvent-ils se tenir au courant de vos activités ?
C.O. : On a une page web… Et aussi un blog très visité sur lequel on met toutes les informations, et nous-mêmes on se demande comment font les gens pour entendre parler de nous, par quels moyens.
O.B. : Et comment fonctionne le collectif ? Parce qu’apparemment, vous êtes assez nombreux, non ? Comment ça se passe au sein du groupe ? Est-ce qu’il y a beaucoup de membres permanents ou est-ce qu’il y a du va-et-vient, des gens qui travaillent avec vous ponctuellement et qui ensuite font autre chose ?
C.O. : On est trois permanents : Alejandro Quintero, Leonardo González et moi, tous trois présents sur ce festival. On collabore avec des gens à qui on fait appel ou qui se joignent à nous selon le projet. Leonardo Bohórquez, qui est anthropologue et guitariste, travaille en étroite collaboration avec nous. Parfois… on travaille avec des danseurs, comme la troupe colombienne El Destete. On travaille aussi avec la troupe d’improvisation théâtrale La Gata. On travaille donc avec énormément de monde. Ce serait injuste d’énumérer, car il y a beaucoup de personnes impliquées qui fonctionnent par roulements selon le projet.
O.B. : Et tous les trois, vous êtes toujours à l’initiative des projets, ou est-ce que vous participez aussi à des projets extérieurs ?
C.O. : Ça ne se passe pas forcément comme ça, on peut aussi avoir nos propres projets individuels. Par exemple, dans ce festival on va présenter Las danzas sutiles (Les danses subtiles), qui est un de mes projets et auquel va participer une troupe de danseurs de Toulouse. Mais Alejandro et Leonardo vont aussi y prendre part… Alejandro a aussi ses propres projets auxquels on va participer plus tard avec d’autres personnes. En fait, ce qui se passe, c’est que dans les conférences, les ateliers ou les festivals, on nous présente en disant, par exemple, « Alejandro Quintero, du collectif Fantasmas », comme si on nous associait toujours au collectif. Et tous parlent de chacun d’entre nous comme d’un individu faisant partie d’une expérience collective.
O.B. : D’accord. Vous avez participé à des évènements très populaires, non ? À des évènements importants. Vous avez toujours des projets aussi ambitieux ?
C.O. : C’est une bonne question, parce que notre intention de départ n’était pas de participer à ce genre d’évènements, ça s’est fait comme ça. Par exemple, au théâtre Colón de Bogota, il ne se joue que de la musique classique et des opéras. Et on a eu la chance d’y faire une performance. C’était super parce que c’était notre propre expérimentation et la salle était pleine -d’habitude il n’y avait personne- et les gens faisaient la queue dehors. Ça contraste avec le festival américain Tremor auquel on a participé il y a peu de temps et qu’on a retransmis sur Poor TV. Aux États-Unis, beaucoup de monde le regarde, mais sur place, il n’y avait presque personne. Mais c’était destiné à peu de personnes. On rencontre les deux cas de figure : les évènements très populaires et ceux qui rassemblent peu de monde. On a participé à des manifestations urbaines où le public était quasiment inexistant, car dans ce genre de réalisation les gens n’ont pas conscience de faire partie de l’œuvre.
O.B. : Et ensuite vous le diffusez… Quels sont vos projets actuels ?
C.O. : En ce moment, on termine un album intitulé Amor por lo desechable. On vient de le terminer hier, en fait. On m’a montré le mix… enfin, c’est presque le mix final. On est aussi en train de finir un court métrage. On projette de faire une émission sur Poor TV qu’on diffuserait tous les mardis. Et je crois que c’est tout pour le moment. Enfin, on a le projet de Lima, où on va faire une présentation, une rétrospective de ce qu’on a fait jusqu’à maintenant.
O.B. : Très bien.
C.O. : Et bien sûr, ici pendant le festival, on va être présents tous les jours.
O.B. : Oui, je crois que vous êtes sur toutes les pages du programme. On est très curieux de voir votre travail, parce qu’on a lu et entendu beaucoup de choses sur vous. Et maintenant on veut voir ce qu’il en est. Vous allez avoir du public, ici, c’est sûr. Merci beaucoup.
C.O. : Merci à vous.
O.B. : Et je vous souhaite un bon festival.
Traduction réalisée par Pierre Augereau, Sylvana Guenand, Elsa Le Mée