2008 : Entretien avec Manuela MARTELLI - Traduction
Odile Bouchet : Manuela Martelli, bonjour. Vous êtes une actrice chilienne, et vous êtes très occupée en ce moment, non ? Vous êtes déjà bien connue. Donc, comment vivez-vous ce succès ? Et la vie qui va avec ?
Manuela Martelli : Je le vis, je ne sais pas, je ne me laisse pas… je ne me laisse pas… Je n’y prête pas vraiment attention.
Odile Bouchet : Pourtant, vous êtes en plein dedans.
Manuela Martelli : Bien sûr, mais… C’est très difficile de vous répondre. Je ne sais pas, c’est une vaste question.
Odile Bouchet : Oui, mais bon, vous avez eu beaucoup de rôles différents, non ? Comment… ? Je ne sais pas, moi, je ne suis pas actrice. Comment passez-vous d’un personnage à un autre, en fait ? Quel est… ? Comment percevez- vous ce travail ? Le passage d’un rôle d’enfant qui parvient à l’âge adulte par une voie bien difficile, à celui d’une sorcière ?
Manuela Martelli : Oui. Je pense que c’est lié au… au jeu… simplement au jeu… et aussi… à l’implication dans le projet en cours… qui a… je… j’essaie toujours de… m’impliquer dans le processus créatif, non seulement… vis-à-vis du personnage mais également du projet dans son ensemble tel que… savoir à quelle recherche artistique ou cinématographique j’ai affaire, peu importe comment on l’appelle.
Odile Bouchet : Et vous faites seulement du cinéma ou aussi du théâtre, de la télévision… ?
Manuela Martelli : Oui, j’ai travaillé… je fais du théâtre, de la télévision également. L’année dernière, j’ai tourné dans une série… une série… policière.
Odile Bouchet : Vous aviez un rôle de détective ?
Manuela Martelli : Non, je jouais une secrétaire.
Odile Bouchet : Et vous avez… Comment êtes-vous devenue actrice ?
Manuela Martelli : Totalement par hasard. J’étais au collège et… et un ami de ma sœur m’a… m’a dit qu’il y avait un casting pour un film… « Pourquoi… ? », m’a-t-il demandé, « Ils cherchent une fille comme toi, à peu près de ton âge. Pourquoi tu n’irais pas ? » Moi, en fait, je ne… je ne cherchais pas à faire du cinéma, j’étais… mais ça m’intéressait beaucoup et j’avais très envie d’entrer dans ce milieu et de le découvrir et donc j’y suis allée ! Et j’y suis encore. Depuis que je suis toute petite, j’ai toujours aimé jouer la comédie… je le faisais tout le temps. Cela a toujours été très naturel chez moi. Je n’y ai jamais vraiment réfléchi. Et ma carrière a démarré comme ça. Après avoir tourné dans B-Happy, j’ai été contactée pour faire Machuca et ainsi de suite.
Odile Bouchet : Bien sûr, car ces films ont… ont bien marché.
Manuela Martelli : C’est vrai.
Odile Bouchet : Ce sont de bons films ; ils ont eu du succès.
Manuela Martelli : Oui, vous avez raison.
Odile Bouchet : En plus, ce sont de bons cinéastes.
Manuela Martelli : C’est sûr.
Odile Bouchet : Dans votre pays, ils font partie des meilleurs.
Manuela Martelli : Oui, oui. En fait, c’était, c’était… Travailler avec Gonzalo a été… une chance. Parce que Gonzalo… je pense qu’il est l’un des réalisateurs les plus productifs au Chili… et c’est aussi quelqu’un d’assez connu au niveau international. Il connaît… Ce film nous a fait beaucoup voyager.
Odile Bouchet : Effectivement, vous êtes déjà venue ici. On vous a déjà vue. Cela fait…trois ans, quatre ans ?
Manuela Martelli : Oui, quatre ans.
Odile Bouchet : Quatre ans. Vous étiez déjà venue, je m’en rappelle. Et Machuca a très bien marché également.
Manuela Martelli : Oui, Machuca aussi.
Odile Bouchet : Et votre rôle dans Machuca, pour une personne de votre génération, qu’est-ce que cela représente ?
Manuela Martelli : Je pense qu’il s’est passé quelque chose de très intéressant dans Machuca ; c’était un… regard sur le passé… de… de tous les événements liés à Allende, au Front Populaire, à la dictature au Chili. Mais, cela a suscité, selon moi, un dialogue entre la génération qui avait vécu à cette époque… et celle qui en avait seulement entendu parler. Et en ce sens, il est clair que, pour moi, il a été intéressant de jouer un personnage, de vivre… comme… et, c'était même bizarre, parce que c’était comme vivre à cette époque-là, non ? Avoir la chance de vivre une époque qui… de laquelle jamais… de laquelle j’ai toujours entendu parler. En fait, c’était un peu comme y être parce que… parce que, en plus, c’était… c’était très bien car… c’était un film qui comportait des scènes de foule ou des scènes avec… énormément de figurants. Et… et quand on tourne ces scènes, on a l’impression d’y être vraiment… c’est comme si c’était réel…
Odile Bouchet : En plus, parmi les figurants, certains l’avaient vraiment vécue.
Manuela Martelli : C’est vrai.
Odile Bouchet : Ce qui rend le film plus authentique, non ?
Manuela Martelli : Exactement.
Odile Bouchet : Etre soi-même un vecteur de… de cette mémoire-là… non ? Cela doit être important pour vous.
Manuela Martelli : Oui. C’est très très bien. Oui, je pense que c’est intimement lié, vous avez raison, au thème de la mémoire. Retrouver un… retrouver un pan de l’histoire, non ? Car… car, au Chili, j’ai l’impression que l’on oublie beaucoup l’histoire. Et… et ce film a fait exister… en quelque sorte… la mémoire.
Odile Bouchet : Il a un peu forcé les gens à se souvenir, non ?
Manuela Martelli : Oui.
Odile Bouchet : Parce que… dans la sphère politique, il se passe le contraire, effectivement.
Manuela Martelli : Oui.
Odile Bouchet : La sortie du film a coïncidé avec les événements liés à Pinochet, ou même la fin de sa vie, sans qu’il ait pu être jugé, non ?
Manuela Martelli : Oui.
Odile Bouchet : Et au Chili, un parallèle a été fait entre le film et le moment historique de la fin de Pinochet ?…
Manuela Martelli : De Pinochet. Je ne sais pas s’il existe un lien aussi direct… Oui, je pense qu’il y a une… une prise de conscience plus grande par rapport à Pinochet et… et que, aussi,… selon moi… en voyant Machuca, en voyant la réaction des gens, j’ai eu l’impression que cette attitude était beaucoup plus… adulte… dans tout le pays, plus responsable, non ? Ce film peut susciter un débat sans… sans… de manière intéressante, un dialogue, non ? Et… et ce qui s’est passé avec Pinochet, c’était…que cela ne faisait aucun doute… que ce qui s’était passé était tout simplement une honte.
Odile Bouchet : C’était un grand criminel, vraiment. Et, ensuite, vous vous êtes retrouvée à jouer des comédies et des choses dans le même genre, plus légères. Et à présent, quels sont vos projets ?
Manuela Martelli : Maintenant… j’ai travaillé il y a peu de temps sur… je viens de terminer, il y a environ un mois… le tournage d’un film intitulé Navidad, d’un jeune réalisateur qui s’appelle Sebastián Lelio. C’est son deuxième film, le premier s’appelait La sagrada familia. Je ne sais pas s’il a été projeté ici, je crois que oui.
Odile Bouchet : Oui. Effectivement. Nous l’avons sélectionné dans le cadre de Cine en Construcción.
Manuela Martelli : Oui. Ah d’accord. C’est que… c’est un film super intéressant. En plus, il a été tourné… de façon très expérimentale et celui-ci aussi mais… avec quelques changements… Le tournage du premier a duré trois jours et celui du deuxième, un mois, mais toujours… fondé sur l’improvisation. Ce qui a été assez difficile, parce que… il fallait être très attentif, faire preuve de créativité, se transformer en scénariste sur le moment, une tâche… difficile.
Odile Bouchet : C’était nouveau pour vous.
Manuela Martelli : Oui. Très… nouveau et très difficile. Je pense que je n’ai jamais eu à faire de choses aussi difficiles. Je crois que tout était difficile… non seulement pour nous, les acteurs, mais aussi pour les autres. Tout le monde était en effervescence. Mais, il me semble que… que aussi… sur le moment, c’est peut-être plus angoissant que plaisant… cet apprentissage…
Odile Bouchet : C’est colossal.
Manuela Martelli : Colossal. Oui.
Odile Bouchet : Et l’avenir ? Vous le voyez comment ?
Manuela Martelli : L’avenir, je ne sais pas. Pour le moment, je suis étudiante… dans le cadre d’un échange universitaire, à Rome, pour finir mes études qui, avec tout ça, avec tout ce travail, ont pris plus de temps et…
Odile Bouchet : Qu’étudiez-vous ?
Manuela Martelli : Le théâtre.
Odile Bouchet : Le théâtre.
Manuela Martelli : Oui. Et j’ai envie d’étudier… de continuer à étudier tout en travaillant. J’ai envie de continuer… à apprendre.
Odile Bouchet : C’est bien.
Manuela Martelli : Oui.
Odile Bouchet : Merci beaucoup.
Manuela Martelli : De rien.
Odile Bouchet : Bonne continuation.
Manuela Martelli : Merci à vous.
Traduction réalisée par :
Pierre AUGEREAU
Emeline de BOISVILLIERS
Caroline SCOTT